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Le magazine "La Vie" vient de réaliser sa grande enquête annuelle sur les départements les plus agréables à vivre en France sur les critères d'environnement. Surprise, l'Aveyron sort en tête des principaux critères. Ci-dessous l'article de Corine Chabaud consacré au département.

Voici l'article consacré à l'Aveyron, vous pouvez consulter l'ensemble de l'article sur le site www.lavie.fr

Avec ses paysans de plus en plus bio, sa nature préservée et son réseau d’assainissement étendu, le département de l'AVEYRON arrive en tête.
 
Ils ont traversé la forêt pour entendre des cris d’amour. À pas de loup, jusqu’à un sommet dégagé de la forêt de Regambal, à 1350 m d’altitude. Plus bas, ondulent des collines couvertes de hêtres roussis par l’automne et le soleil couchant. Le spectacle, sonore plus que visuel, est saisissant. Un concert de cris rauques monte du bois, peu à peu plongé dans l’obscurité. C’est la saison du rut, et les cerfs brament à tue-tête. Une façon de délimiter leur territoire, et de dissuader les autres mâles de s’approcher de leur « harem ». Ici, on dirait un grognement d’ours, là, un beuglement étranglé ! « La femelle n’est en chaleur que deux heures par jour environ pendant la période de reproduction, de la mi-septembre à la mi-octobre. Or, le cerf est obnubilé par le rut. Il imprime la marque de ses bois sur les troncs d’arbre. En un mois, il perd un tiers de ses 200 kg », explique aux naturalistes d’un jour – un employé du Crédit agricole de Rodez et ses amis –, ­Geneviève Gasq-Barès, la maire de Condom-d’Aubrac (317 habitants).

Assistante sociale, l’édile emmène des amoureux de la nature écouter le brame du cerf depuis 15 ans, avec l’association Des Boraldes aux Enguilhens, en lien avec l’Office national des forêts. Dans l’Aubrac, terre ancestrale de l’agropastoralisme, classée Natura 2000 (réseau écologique européen de sites naturels), la maire dispense son savoir sur les cervidés, étayé par une exposition. « Les cerfs ont été réintroduits dans la commune en 1958, et sont aujourd’hui 700, explique-t-elle. Connaître la nature, c’est vouloir la préserver. Les gens qui viennent écouter le brame du cerf s’initient aussi au respect de la faune et de la flore. »

Nature préservée. Géographie accidentée. L’Aveyron est un immense département, le 5e de France en superficie. Mais partout, ou presque, surgit la même impression : le territoire, enclavé, est intact. Certes, l’autoroute A75 le traverse depuis peu et enjambe Millau par un viaduc gigantesque. « On favorise trop le transport routier au détriment du ferroviaire. Que de gaz à effet de serre ! », regrette Jean-Louis Bugarel, président depuis 25 ans de l’association Action Environnement. Il n’empêche. Le palmarès écologique de La Vie confère à ce département la première place en 2010. Dans les locaux du conseil général, à Rodez, Jean-Claude Luche, son président (Majorité présidentielle), s’en félicite. « C’est le fruit d’un travail de responsabilisation, de pédagogie et d’actions concrètes. Les décharges ont été fermées et réhabilitées. Le réseau d’assainissement des eaux a été amélioré. En 2015, toutes les collectivités auront leur station d’épuration. »

Pierre-Marie Blanquet, vice-­président de la commission environnement du conseil général, est plus nuancé. Même s’il constate que l’Aveyron « a été le premier à faire évaluer le poids économique de l’environnement », cet élu de droite, connu pour sa combativité, sait qu’il faut redoubler de vigilance pour conserver « un milieu malgré tout fragile », et soumis au « lobby agro-industriel ». À l’instar des écologistes, il craint l’installation de deux vastes porcheries. « Respecteront-elles le plan d’épandage du lisier ? », s’interroge-t-il. Porte-parole des Verts dans le département, Marie-Claude Carlin, 70 ans, chargée du développement durable à la mairie de Rodez, sait aussi que beaucoup reste à faire. Stopper la déforestation. Détruire sur place les ordures ménagères, plutôt que les transporter dans le Tarn-et-Garonne. Pousser les agriculteurs à mieux traiter les effluents d’élevage, pour éviter la pollution des rivières. « Des efforts sont faits pour dépolluer. Mais mieux vaudrait ne pas polluer », estime celle qui tente de changer Rodez : introduction du bio à la ­cantine, lâcher de coccinelles mangeuses de pucerons, désherbage ­thermique… L’élue est aussi fan d’agriculture biologique.

À Vitrac, au nord du département, Roland Carrié, 51 ans, élève 70 vaches Aubrac, face aux monts du Cantal, sur les contreforts du Massif central. Ici, l’Aveyron fleure bon l’Auvergne, les volcans et l’aligot. Il y a 12 ans, Roland Carrié s’est converti au bio. « J’ai découvert le cahier des charges et me suis rendu compte que je faisais presque du bio sans le savoir. On m’a pris pour un farfelu, mais je me suis lancé », explique l’agriculteur, pourtant membre de la FNSEA. Depuis, ses vaches, une race rustique apte à s’acclimater à des températures basses, sont soignées à l’homéopathie. Elles sont nourries avec du fourrage sans engrais chimique et bénéficient d’une prairie naturelle l’été. La vente de leur viande est un succès. L’Aveyron­ n’est-il pas le premier département par le nombre de vaches bio en Midi-Pyrénées ? Le paysan, favorable aux énergies renouvelables, a fait poser 400 m2 de panneaux solaires sur ses stabulations, pour produire 200000 kWh par an.

Car, comme le solaire, le bio a désormais le vent en poupe. Avec 400 exploitations biologiques – 5 % de la surface agricole –, le département compte 80 conversions par an. De quoi conforter les pionniers comme Gilbert ­Espinasse, éleveur de moutons à Druelle, à la tête d’une ferme bio depuis 1968, transmise à son fils, il y a peu. Dans sa maison thermique, l’homme a longtemps vendu le lait de ses ovins à la fromagerie de Roquefort (le plus gros employeur du département). Mais parce qu’elle ne valorisait pas le lait bio, il l’écoule aujourd’hui auprès d’une petite laiterie de Lozère qui fabrique les yaourts Vrai. « Le choix du bio, c’est le choix de la santé. Un principe essentiel : la terre est un milieu vivant qui doit être cultivé mais pas exploité », juge ce membre de la Confédération paysanne.

Ici et là, fleurissent des idées pour préserver la Terre. Sur le causse Comtal,­ dans le Nord-Aveyron, Marcel Mézy, autodidacte de 69 ans, a mis au point un fertilisant 100 % naturel. À partir d’un mélange de feuilles de chêne, d’orties­ et de lichen, il a créé Bactériosol, « un engrais vert microscopique capable d’enrichir les sols pauvres ». Son entreprise, Sobac, dégage 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, emploie 66 salariés et produit 40 000 tonnes de ce catalyseur miracle. Son vœu ? « Que les paysans du tiers-monde aient accès à ce produit », confie le Pierre Rabhi de l’Aveyron.

Plus au nord, à Laguiole, capitale des célèbres fromages et couteaux, Florence et Franck Bermon ont créé, il y a deux ans, le petit hôtel Noù4, coloré et coquet, classé Clef verte (un label écologique lancé au Danemark, en 1994). « Nous avons voulu créer un lieu en accord avec nos idées, avec le moins d’impact possible sur l’environnement : chaudière à granulés de bois, capteurs solaires, ampoules basse consommation, tri des déchets », explique Franck, directeur en hiver de l’école de ski locale. Dans le même esprit, la fédération départementale de pêche, préoccupée par les mutations survenues dans les 8 000 km de cours d’eau de l’Aveyron – baisse du nombre de truites, disparition de l’écrevisse –, a pris l’initiative de créer une école de pêche. Le but ? Initier les jeunes pour les sensibiliser à la protection de l’environnement. « Ça marche ! », jure Jean Couderc, son président. Et d’applaudir au retour de la loutre sur les grandes rivières, de la Dourbie au Lot.

Entre Millau et Rodez, le plateau du Lévézou offert au vent d’autan s’est transformé. Pas seulement parce que sur cette terre, où domine l’agriculture productiviste, ses villages se sont peu à peu dépeuplés, ainsi que l’analyse l’écrivain écolo, Yves Frémion. Ici, depuis deux ans, les ailes des éoliennes tournent à perte de vue. Avec 75 engins sur 55 km2, c’est la plus forte concentration en France. « L’impact paysager est considérable », déplore Jean-Louis Bugarel, à Salles-Curan, une commune qui compte 29 éoliennes. Certains sont plus virulents. Tel Jean Marty, 62 ans, à la tête du collectif Agir pour le Lévézou.

Sur le plateau d’altitude, ce paysan à la retraite dénonce les forêts saccagées, les nuisances sonores et visuelles, les dégâts ornithologiques, l’opacité des démarches administratives ou la cupidité des promoteurs. « C’est de l’écologie business », regrette-t-il. Il nous conduit à Bozouls, une commune où pro et anti-éoliennes se déchirent, pour y déplorer « la fracture du tissu social ». Son association veut éviter toute nouvelle implantation. Le préfet n’en a-t-il pas déjà refusé 32 ? Et les propriétaires n’ont-ils pas de plus en plus de mal à trouver des particuliers qui en acceptent une sur leur sol, contre environ 5000 € ? De même, sur le plateau du Ségala, l’opposition aux éoliennes monte, emmenée notamment par le couple Sudre.

Au nord, l’Aubrac est épargné par ces moulins à vent géants, car le défenseur du futur parc naturel régional, André Valadier, soutenu par d’autres amoureux de la nature, y est farouchement opposé. Au sud, d’autres sont plus balancés. « Je ne défends pas l’éolien à tout prix. Il faut des débats en amont, et faire profiter la population locale des bénéfices. Mais l’éolien demeure un million de fois moins polluant que le nucléaire », estime José Bové. Pour l’instant, pas l’ombre d’une éolienne sur le Larzac karstique et dénudé, parsemé de troupeaux de brebis.

Dans son hameau de Montredon, l’altermondialiste anti-OGM se repaît d’une nature superbe, qu’il est toujours prêt à défendre. Ne s’oppose-t-il pas, ces jours-ci, à la recherche de gisements de gaz par une entreprise américaine, à qui l’État a accordé un permis pour trois ans ? Dans un département très désindustrialisé, où le secteur minier de Decazeville a fermé, il sait que « le niveau de nitrates dans l’eau dû à la logique agro-industrielle, soutenue par la chambre d’agriculture, reste élevé ». Le syndicaliste vit dans une maison construite en matériaux recyclables avec poêle à granulés de bois, isolation en liège et toilettes sèches. Non loin, le camp militaire du Larzac, symbole de la lutte solidaire, s’étend encore sur 1000 ha. José Bové se prend à rêver de son démantèlement.

Infos :
AVEYRON : GARDAREM L'ENVIRONNEMENT

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