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Edito :

 CELA VA ALLER BEAUCOUP MIEUX

 
BASSIN DE DECAZEVILLE - AVEYRON (12300)

HISTOIRE DES MINES DE DECAZEVILLE

L'histoire de Decazeville et des mines a été écrite par les élèves du Lycée Professionnel de Decazeville. Nous reproduisons le texte en intégralité Une association importante l'ASPIBD a été créé pour préserver la mémoire et le patrimoine industriel du bassin.

Le charbon fut très tôt utilisé comme combustible. Les Chinois l’exploitèrent mille ans avant notre ère et les Grecs font mention de son utilisation au 4ième siècle avant Jésus-Christ.

Au Moyen Age, les Espagnols s’en servaient comme combustible. En 853 apparaît une mention écrite de son exploitation en Angleterre, et en l’an 1049 en Belgique. En France les premiers gisements exploités furent certainement ceux de St Etienne au 12ième siècle. A Carmaux en 1250,on trouve mention d’un péage pour la traversée de charbon sur le Tarn.

Cependant une certaine méfiance, qui persista jusqu’au début du 19ième siècle, empêchait le développement de son utilisation : la Faculté de médecine déconseillait son emploi à cause des fumées nocives et suffocantes de sa combustion, mais le besoin aidant l’usage se répandit, et créa des activités annexes : forges, armureries, coutelleries.

Les premiers textes connus faisant état d’une exploitation de "charbon de terre" apparaissent au 14ième siècle, mais c’est au 15ième et 16ième que l’on retrouve trace de charbonnières ou carbonnières, petites mines à flanc de côteau, exploitées par les paysans du lieu. en hiver.

Les couches affleuraient sur le flanc des collines et des galeries étaient creusées sans méthode et presque sans bois de soutien -On retrouve hélas sur les registres paroissiaux les conséquences d’un travail sans méthode, un exemple en autres :"le 12 décembre 1753 le nommé Blaise est mort dans une charbonnière de Cransac".

Une partie du combustible servait à la consommation locale ou était transporté à dos de mulets soit vers l’Auvergne, d’où l’on ramenait des cuirs d’Aurillac, soit vers Montauban et le Querçy contre des grains (blé, seigle ,orge) nécessaire à une production déficitaire. Mais la plus grande partie était acheminée sur le Lot (rendu navigable au 17ième siècle par Colbert) dans des barques à fond plat : les gabares vers Cahors, Agen et Bordeaux.

Cette activité occupait une main d’œuvre nombreuse et apportait une aide non négligeable à l’économie de la région, car les hameaux étaient misérables : quelques vignes, des châtaigniers. Les rapports des prêtres mentionnent l’ extrême pauvreté de la population

Les découvertes de la fin du XVIIIème siècle et du XIXème siècle : machine à vapeur, coke , gaz de houille, électricité ont entièrement bouleversé l’économie et provoqué la première révolution industrielle :la production mondiale de charbon passe entre 1800 et 1900 de 10 millions de tonnes à 700 millions de tonnes.

En France, la loi du 21 Avril 1810 qui réglemente l’exploitation et donne aux concessions (droit d’exploitation) un caractère de propriété transmissible, a permis la mise en place des grandes sociétés capitalistes et l’ère des riches compagnies des Houillères qui ont peu à peu grâce à leurs possibilités financières regroupé les petites concessions : le Duc Decazes en saisit l’occasion dès 1827 et la vie de Decazeville allait débuter, modèle des premières villes bâties autour et à cause d’une industrie.

A l’emplacement de ce qui deviendra Decazeville, une vallée sauvage, des prairies et des bois : au sud sur un rocher Vialarels autour de sa vielle église du10ième et 11ième siècles et au Sud-Est , à l’endroit actuel de la Découverte le vieux château de Lassalle mais sous tout cela, à fleur de sol, il y avait du charbon en couches épaisses et du minerai de fer en quantité ! Posséder les deux au même endroit allait être une richesse !

C’est surtout parce que qu’il existait ici un gisement ferrique que le Duc Decazes et Cabrol s’intéressèrent à la région.

Dès 1804 Napoléon avait pris un décret où il était fait concession pour 50 ans au "sieur Lassalle "du droit d’exploiter les mines de houille de Lassalle, Miramont et Lagrange, or ce décret comportait une erreur et une ordonnance royale de1818 portant la signature du Duc Decazes alors ministre de Louis XVIII y apporta une rectification.

Ceci explique peut-être que le Duc Decazes déçu de la vie politique et songeant à se lancer dans le monde des affaires après qu’il fut impressionné par la métallurgie anglaise lorsqu’il séjourne en Angleterre comme ambassadeur, songea à acheter en 1825 et 1826 tous les droits aux Lassalle sur leur concession. Decazes essaya de mieux exploiter les mines et de mieux vendre le charbon mais les transports étaient difficiles et l’isolement de la région un handicap : en fait , le Lot n’était navigable que cinq à six mois de l’année, à l’époque des hautes eaux.

Le Duc décida d’utiliser le charbon sur place puisqu’il y avait aussi du minerai de fer dans la région en construisant une usine métallurgique dans la vallée du Riou-Mort,. En 1826 il achète des concessions de minerai de fer à Montbazens, Aubin entre autres...puis grâce à ses relations, fonde le 17 juin 1826 une société :" La Compagnie des Houillères et fonderies de l’Aveyron".

Il choisit François Cabrol comme directeur pour quinze ans : celui-ci élève de Polytechnique, puis officier de la Grande Armée , blessé à Waterloo, était retourné à la vie civile et parti comme ingénieur en Angleterre où il avait étudié la sidérurgie : il construisit un premier haut-fourneau, puis deux, mais ce premier site était devenu trop petit. Poussée par Cabrol la société acheta le domaine de Lagrange dans la vallée du Riou-Mort où fut construite l’usine dite de Lassalle où eurent lieu en 1831 les premiers essais de puddlage. Cette même année, le conseil d’administration décida que l’usine prendrait le nom de DECAZES-VILLE.

Sous le règne de Louis Philippe, elle devient l’usine sidérurgique la plus importante de France
L’année 1832 peut être considéré comme la date réelle de la mise en marche de l’usine. Les habitations croissaient peu à peu sur le domaine de Lagrange, à côté de l’usine : la population dépassa vite celle de beaucoup de chefs-lieux de communes voisines et à la suite d’une pétition en 1832, Decazeville fut érigée en commune en 1834. A cette même date, des efforts et de nombreuses mises au point lui permirent d’acquérir une réputation solide et un grand nombre d’ouvriers furent embauchés.

En 1836, elle fournit les premiers rails, et quatre ans plus tard sa production atteignait 10 à 12000 tonnes, bien plus que Le Creusot (5 à 6000) et Alès (6 à 7000).En 1847, elle était la plus importante de France, avec 2258 ouvriers , la ville atteignait 2715 habitants.

La construction d’une église est décidée par le conseil municipal : son emplacement est choisi après d’âpres discussions .Une école primaire est créée et un cimetière est installé.
L’église fut consacrée le 11 Novembre 1861 et Decazeville érigée en paroisse en 1868 : la population s’élevait alors à 8260 habitants.

L’apogée ne dura pas longtemps : la concurrence devint plus sévère. La compagnie de chemin de fer PARIS-ORLEANS acheta les hauts-fourneaux d’Aubin la ville voisine et c’est elle qui décide en 1858 d’y faire passer le chemin de fer de Montauban à Rodez : il fallut beaucoup de démarches pour y faire relier Decazeville par une bretelle et créer une gare de voyageurs en 1863.

Sous Napoléon III, le traité de libre- échange qui ouvrit les frontières aux fers anglais porta un rude coup à l’usine . Près du naufrage, la société fut rachetée par la famille Schneider, propriétaire du Creusot, et prit le nom de Société Nouvelle des Houillères et Fonderies de l’Aveyron : cela donna un second souffle à Decazeville qui vécut une autre période de prospérité, d’autant plus que le directeur de l’usine, Deseilligny, gendre de Schneider, devint député, maire et deux fois ministre de l’industrie.

On termine la place Decazes, où l’on place la statue du fondateur de la ville décédé en 1860. Des platanes sont plantés jusqu’à la gare et après la guerre de 1870 la ville fut dotée des installations les plus utiles : les rues furent éclairées au gaz , l’eau du Lot remplaça celles des puits des écoles s’ouvrirent et la compagnie elle-même bâtit un hôpital pour ses blessés et ses malades. En 10 ans Decazeville était revenue à son apogée et le recensement, en 1877, donna 9547 habitants.

Dans le pays la forte poussée de l’effectif ouvrier industriel a contraint Napoléon III à une ouverture sociale : le droit de coalition et le droit de grève sont reconnus en1864 : 1867 voit la première grève du bassin, à Decazeville, à la mine de Bourran et oblige le directeur à démissionner.
En 1869, à Aubin, la troupe tire sur les ouvriers métallurgistes en grève : il y a 17 morts dont un enfant.

Les forges continuent dans la vallée de Decazeville, très ralenties, et en 1886 la misère est toujours là, une grève d’une rare intensité se déclenche dans un climat passionnel : la grève a duré 108 jours (plus de 3 mois) et le sous-directeur Watrin est tué par la foule en colère.

La répercussion en fut immense et contribua à la naissance du mouvement ouvrier français.
L’autre conséquence fut l’exode de nombreux éléments jeunes et dynamiques, des ouvriers qualifiés qui s’expatrient vers d’autres centres ou émigrent vers l’Amérique, en Californie ou en Argentine.

A partir de1875, faute de commandes, le chômage fait sa réapparition, les mineurs ne firent que la moitié des journées, un haut-fourneau est arrêté, la Découverte épuisée et à partir de 1878 les salaires furent diminués de 10%.

Peu à peu, la misère engendra le mécontentement, puis des troubles, une grève d’un mois éclate très dure. c’est aussi la mise en sommeil puis l’arrêt définitif des forges à Aubin dans la vallée voisine qui perd ainsi 400 ouvriers.

La société survécut péniblement en réduisant son personnel. Le docteur Cayrade maire depuis 1878 qui avait joué un grand rôle de conciliateur pendant les grèves fit prospérer la ville : le marché couvert, le lavoir, l’abattoir furent édifier, il entreprit la construction de l’école et de la mairie.

C’est grâce au charbon que l’activité se maintint, la société, faute de crédits suffisants, se fit racheter en 1892 par la société Commentry-Fourchambault

De 1895 à1902 la nouvelle société améliora la gestion et les ventes, construisit des ateliers modernes : 4 fours Martin furent installés, et de 1908 à1912, les hauts-fourneaux rajeunis. La production de fer, le million de tonnes de houille, fut atteint en 1898 si bien que l’émigration s’arrêta et des ouvriers arrivèrent de Commentry : les effectifs gonflèrent jusqu’à la veille de la première guerre mondiale (6200 mineurs, 2000 ouvriers sidérurgistes)

De nombreuses associations sont créées : Lyre Decazevilloise (1900), union orphéonique(1900), photo-club(1901), Thalie Moderne(théâtre 1900).
Le sport apparut : association de gymnastique(l’Alerte), escrime, rugby.

Sur le plan social, il existait trois syndicats ouvriers : mineurs(1884), métallurgistes(1892), bâtiment(1907) et de nombreuses sociétés de secours mutuels.

La cité de Decazeville ne cessait de s’étendre : le nouveau siècle vit l’installation de bornes fontaines, de trottoirs, l’aménagement de quartiers neufs, la construction d’un hôpital hospice , l’ouverture de nouvelles rues : en un siècle la population a été multipliée par 6 atteignant son maximum historique au recensement de 1911, avec 37355 habitants.

Taux de natalité et fécondité élevés et soldes migratoires largement positifs conféraient un dynamisme qui se lisaient dans le développement urbain et dans la vie sociale : les habitations étaient concentrées autour de l’usine et de mines (photo) : Decazeville avait seule plus de 13000 habitants.

La colline où était exploitée la" Découverte" se trouvait par endroits, embrasée et portait encore les ruines du château de Lassalle. Une douzaine de hautes cheminées crachaient leurs fumées nuit et jour et la nuit les voyageurs admiraient, de la place Decazes, le spectacle rougeoyant des hauts-fourneaux, de leurs coulées et le travail des laminoirs.

La guerre de14-18 fit tourner à fond mines et usines .
La guerre devenant dure et longue, l’ennemi avait envahi le bassin du nord où se situaient les 3/4 de la capacité de production, il fallut produire plus et plus rapidement. On combla le manque d’effectifs en faisant appel à des travailleurs immigrés (Espagnols, Polonais, Italiens), des mobilisés, ou des réfugiés belges ou des départements envahis.

Des obus et des grenades quadrillées ont été fabriqués. C’est ainsi que l’impréparation du pays à un conflit long et coûteux fut surmontée grâce au concours des mines aveyronnaises, aux efforts et aux restrictions des mineurs, prix cependant moins élevé que "l’impôt du sang" qui décima de nombreuses familles.

Après la paix se profilait dèjà une autre crise grave. En effet le retour à la France de l’Alsace et la Lorraine a pesé sur le marché métallurgique auquel est venu s’ajouter celui des usines du Nord reconstruites et modernisées. Les échanges avec l’Allemagne, l’occupation de la Rhur, ont entraîné des importations de charbon allemand.

Les autres usines métallurgiques et les houillères, au matériel vieilli comme dans le bassin sont fortement concurrencées, leurs prix sont trop élevées, leurs bénéfices insuffisants pour permettre des investissements.

L’aciérie Thomas est arrêtée en 1919 et les fours Martin en1928. Les deux laminoirs sont transportés à Imphy, seul un haut-fourneau est maintenu.

Pourtant la société "Commentry-Fourchambault et Decazeville" a essayé de limiter les dégats en créant une industrie plus légère, chimique pour valoriser le charbon qui se vend encore très bien : c’est l’usine Claude, qui fabrique de l’ammoniaque à partir du goudron de houille par le procédé Claude, usine doublée en 1931. ...régression des effectifs...

L’extraction progressait encore , les améliorations techniques se précisaient, la main-d’œuvre étrangère venait travailler et commencer à se fixer (Espagnols, polonais), la concurrence anglaise reculait et les ventes progressaient sur des marchés jusqu’alors fermés.

Mais, en même temps des problèmes subsistaient ou se développaient : la qualité du gisement diminuait, la faiblesse des infrastructures de transport, l’agressivité des compagnies du Nord et de la Sarre freinaient la croissance ainsi que la rareté et l’instabilité de la main-d’œuvre.

Les compagnies ne réussirent pas à surmonter et à réduire ces handicaps de par leur politique d’investissement et de rénovation technique frileuse et hésitante .Elles ont préféré peser sur la main d’œuvre pour dégager des bénéfices encore confortables jusqu’à la fin des années 20 mais elles ont fragilisé les bases économiques du bassin et à la veille de la grande crise , tous les indicateurs étaient au rouge.

1929-36 le deuxième déclin : la métallurgie était exsangue et pour la première fois, les ventes de charbon chutaient nettement et c’est sur une économie anémiée de longue date que s’abattit le cycle dépressif des années 30 : la crise toucha le bassin de façon précoce, un brusque recul de la production de charbon fut enregistré dès 1928 ainsi que la perte de 1500 emplois, alors qu’au niveau national rien n’avait débuté.

Aux raisons structurelles citées plus haut s’ajoutent des raisons conjoncturelles locales : l’arrêt des forges et aciéries de Decazeville, la substitution à l’usine de zinc de la Vieille-Montagne à Viviez du procédé thermique (qui utilisait le charbon ) par le procédé electrolytique, la rationalisation technique et financière d’une exploitation en voie d’épuisement survenue après le coup de grisou meurtrier de 1927 (8 morts).

De 1930 à 1935 l’activité chuta d’un tiers contre seulement un quart au niveau national, la production locale ne représentant plus que 1,25% de la production nationale contre 2% 10 ans plus tôt, le nombre de mineurs ayant chuté de 41,3% contre seulement 24,8% en moyenne dans le pays.

Les conséquences sociales et urbaines : cela a été un long chômage partiel entre 1933 et 1935, les salaires ont atteint à peine la moitié de leur montant de 1929. La population totale des 5 villes du bassin est passé e ainsi de 24391 habitants à 29631 en 1936 : Decazeville a perdu 2845 habitants.

De 1936 à1939 les menaces de guerre donne un coup de fouet à l’industrie locale : le haut-fourneau fut remis en activité en 1939 et les ateliers travaillèrent à la fabrication et au montage des petits chars d’assaut Renault. La direction des mines proposa de reprendre l’exploitation de certains gisements abandonnés, et d’augmenter en un an la production de 20%.

450 Espagnols réfugiés venant des camps du sud de la France, 103 Sarrois, et 350 réfugiés du Nord, de l’Est, de la Belgique. L’extraction maximum fut atteinte en 1941-42, mais les records de 14-18 ne purent être retrouvés.

En 1939, sur pression du ministère de l’armement, fut installé une unité de repli du Nord de la France, la société Louvroil- Monbard-Aulnoy, destinée à la construction mécanique et à la fabrication de tubes, mais qui pendant la guerre a fabriqué des bombes d’aviation.

Il faut combler les vides crées par la guerre et participer à l’effort aussi les conditions de travail devinrent plus dures : une heure de plus par jour, blocage des salaires, travail le dimanche...

L’instauration d’un dirigisme ne permit pas d’atteindre les objectifs, plus on s’enfonçait dans la collaboration , plus le consensus s’effritait et plus l’économie déja affaiblie par les prélèvements allemands, s’effondrait : relâchement de l’effort, épuisement physique, démotivation, développement de la résistance, réticence de la population peu convaincue que la carte jouée était la bonne.

De plus les conditions économiques étaient mauvaises, matériel en piteux état, manque de carburant etc.. Dans ces conditions la reprise de l’investissement amorçée en 1938, fut en partie remis en cause, cependant l’activité et la production progressèrent sensiblement, les entreprises minières du bassin retrouvèrent après la guerre les taux de profits antérieurs à la crise.

L’occupation a été relativement légère, limitée à quelques gardiennages de points stratégiques comme le transformateur électrique, ou la gare...Par contre très tôt la résistance s’est organisée et lorsque les maquis se constituèrent, ils ont pu puisé dans les éléments jeunes et enthousiastes de la mine. La résistance locale se manifesta, dés Août 43 par un sabotage contre le chevalement du puits central à Decazeville et en Octobre contre des pylones électriques. Les actions s’intensifièrent en 1944 : un officier allemand a été abattu en uniforme sans qu’il y ait de représailles....
 
Vu l’ importance que tenait le charbon dans l’économie du pays, les houillères ont fait partie du programme de nationalisations prévues par le Conseil national de la résistance en 1944.

Les exploitations ont été requises à partir du premier Octobre 1944 et nationalisées le premier Juillet 1946 et ont formé le "groupe Aveyron" des Houillères d’ Aquitaine : elles comprennent toute l’activité charbon avec les mines de fond d’Aubin, Cransac Decazeville et l’exploitation à ciel ouvert de la "Découverte".

Elles sont ainsi séparées des usines métallurgiques et chimiques auxquelles elles étaient liées depuis leur origine, ces dernières prirent le nom d’usines chimiques et métallurgiques de Decazeville : UCMD avec la cokerie, l’usine Claude, le seul haut-fourneau en activité et les ateliers de construction mécanique en tout 1000 personnes

L’aide américaine d’après guerre permit en 1948, une modernisation trés poussée du matériel de la Découverte) : exploitation par camion (Euclid) et non plus par voie ferrée , pelles géantes électriques (Marion de 5m3 de godet), formule plus souple et plus performante, appareils de forage (Bucyrus) extrêmement puissants, bulldozers, tracteurs (Carterpillar) concentrés sur un seul lieu d’exploitation la "découverte de Lassalle".

Grâce à l’’intervention de Paul Ramadier maire de Decazeville et ministre des finances une somme de 1,5 milliard est prélevée sur le plan Marshall pour construire une centrale thermique destinée à brûler le charbon secondaire produit, réalisée entre 1949 et 195 : la centrale de Penchot.

Si l’installation en découverte était rentable, l’exploitation souterraine connaît des difficultés croissantes, en 1948 fut émise l’idée d’un arrêt des installations de surface ainsi que des lavoirs mais l’on recule devant les incidences sociales

Aux difficultés techniques s’ajouta une décision politique qui engagea toute l’économie nationale, la création de la "Communauté européenne du charbon et de l’acier". Elle provoque la suppression des barrières douanières et permet au charbon américain d’arriver par l’intermédiaire de contrats à longs termes pris par les Allemands, en France en plus de celui des pays de la CECA. Ceci aboutit à une crise de l’ensemble de l’industrie charbonnière

La crise frappa aussi les usines UCMD qui stockèrent leur fonte et fermèrent l’usine chimique Claude en 1954 : pour la première fois des ouvriers furent mutés vers d’autres centres de production en Lorraine, la verrerie de Penchot ferma aussi ses portes : c’est un total de 450 ouvriers qui furent affectés par ces fermetures, l’embauche fut suspendu.

L’effectif de la Houillère passa ainsi de 5045 personnes à 3733 fin 1953 parmi lesquels 469 étrangers dont 324 Espagnols et Portugais, 104 polonais, 15 Italiens, 5 Algériens, 4 Tchécoslovaques, 4 Allemands, 2 Russes, 2 Yougoslaves et 9 divers (source Houillères d’ Aquitaine).

La société de tubes licencia 200 ouvriers et se transforma en société Vallourec : le chômage est tel que la municipalité décida d’ouvrir des chantiers de chômage pour occuper 50 ouvriers.

La concurrence des différentes sortes d’énergie, gaz naturel, pétrole, hydraulique, nucléaire, a provoqué une accélération de l’histoire économique redoutable pour toutes les industries anciennes : révolution énergétique renforcée par la découverte du gaz algérien révélée en 1957. A partir de cet instant, le recul relatif du charbon a été amorcé.

Le bassin de Decazeville est d’autant plus touché qu’il est en position difficile. C’est l’époque où Paul Ramadier écrit : "La perspective qui s’ouvre au Bassin est certes très sombre et beaucoup de souffrance attend la population active de la région. Un effort intense doit être poursuivi pour que les industries nouvelles soient créées et particulièrement des industries reposant sur des bases différentes du charbon".

Devant la dégradation complète de l’état économique du Bassin ce dernier fut classé par l’état comme zone de sous-emploi chronique et l’on étudia aux Charbonnages de France la mise en place d’un plan Charbonnier applicables aux exploitations déficitaires avec déplacement de la main d’oeuvre plutôt que des machines ! et tout cela dit Lucien Mazars dans son livre, sans trop penser dans les bureaux parisiens" que l’on ne repique pas les hommes comme les salades".

Suivant en ce sens les autres pays de la CECA, le gouvernement Français s’engagea à fermer les mines marginales et dès 1959, l’arrêt des mines profondes du Bassin fut décidé et ce malgré quelques opinions divergentes au sein des Charbonnages .

Entre 1956 et 1960, d’après les Charbonnages , les Houillères d’ Aveyron ont connu un déficit de plus de un milliard par an : le prix de revient d’une tonne extraite au fond étant de 85,75 francs, et celui de vente de 51,82, la charge de main-d’œuvre entrant dans le total pour 50,49 francs. Par contre, la Découverte réalisait un résultat positif de15,54 frcs par tonne. Ces chiffres bruts largement diffusés , ont pesé lourd sur l’opinion.

Seule devait se poursuivre l’exploitation à ciel ouvert de la Découverte.

Le Bassin fit bloc pour sa défense : une concentration de l’exploitation et une adaptation des infrastructures pouvaient faciliter l’équilibre financier de l’ensemble Découverte- Fond :

L’application de ce plan aurait eu pour effet de réduire les licenciements au maximum en les étalant dans le temps. Le fond pouvait prétendre à une survie de 10 à12 ans, ce qui réduisait à un minimum le drame social, permettant à la majorité des mineurs d’atteindre l’âge de la retraite, si ce projet a été adopté par les Houillères , il n’a pas été retenu par les plus hautes instances et l’arrêt des mines a été maintenu au 31 Décembre, ultime limite.

Cette décision fut rendue publique, en Mai 1960, par le ministre de l’Industrie , Jeanneney. En Août de la même année, Ramadier intervint "je vous demande de revoir le problème dans une perspective sociale" les ouvriers lui dirent : "Ne fermez pas la mine ou donnez nous du travail". Ramadier poursuit "ils ont raison, on ne détruit que si l’on remplace".

Mais le ministre ne vint sur place que pour confirmer la décision : seule la Découverte devait poursuivre.
Le 21Novembre 6000 personnes manifestent à Rodez pour la défense de l’emploi dans le Bassin Houiller.

Les installations dans la vallée d’Aubin et de Cransac sont arrêtées, démontées et concentrées sur Decazeville : coup très dur pour les villes de Cransac et Aubin qui sont restées très marquées par cet abandon, mais aussi en fait pour tout le Bassin, pourtant considérée dans l’instant comme un mal nécessaire pour assurer la survie du corps principal d’exploitation.

La recherche d’activité de remplacement : les usines de reconversion : il n’est pas utile de retenir leurs noms , tant ils ont changé au gré des faillites et reprises , symboles d’une reconversion ratée.

La venue de De Gaulle à Decazeville le 21 Septembre 1961 ne fit que confirmer la politique nationale contre la politique locale et il est franchement boudé à l’appel des syndicats et des organisations politiques, la foule qui l’accueille sur la place Decazes est très réduite.

La grève : une manifestation de plus de 10.000 personnes eut lieu le 24 novembre 1961, le 17 décembre huit ouvriers , ayant reçu une formation F.P.A reçurent une lettre de licenciement et leur mutation dans une usine de reconversion : la grève éclata immédiatement, le 18 décembre, elle fut totale : 2200 ouvriers et employés occupèrent leur lieu de travail, tous confiants dans une issue rapide du conflit. Ces hommes sont restés 66 jours et nuits à lutter et pour 1500 d’entre eux, terrés au fond des puits, cela a été 66 nuits sans étoiles. A l’extérieur les manifestations s’organisent avec l’appui de toute la région : l’une a réuni 50.000 personnes, près du tiers de la population adulte du département ! du jamais vu

Dans la foule, pour la première fois sans doute de notre histoire locale, avec les ouvriers de tous bords, les Petites Soeurs des Pauvres et celles en cornettes, les curés de campagne, les agriculteurs, les commerçants, les enseignants, etc.., marchaient coude à coude sous les mêmes banderoles en scandant les mêmes slogans.

Le 20 février 1962, Raymond Barre alors chef de cabinet du ministre de l’industrie vint à Rodez dire à l’Intersyndicale que le gouvernement ne cèderait pas ; le 20 février, le Comité Intersyndical abandonna la lutte, affirmant qu’elle devait se poursuivre sous d’autres formes et la reprise du travail a lieu le 23 février .

Le gouvernement et les Charbonnages s’engagent entre autres : à la prolongation une seconde année de la garantie de salaire à 90% pour les mineurs reconvertis, à apporter des améliorations à la prime de reconversion... maigres résultats comparés au but initial.

L’effectif de la Houillère doit être ramené à 400 emplois, plus de 1800 emplois seraient ainsi supprimés : mutations à Carmaux, à Vallourec (entreprise decazevilloise) , pré-retraites, licenciements et retraites normales. A ce total venait s’ajouter, perdus pour l’économie locale tous les emplois satellites : en 1965, sur 150 diplômés dans le bassin 20 y ont trouvé du travail.

La dernière cordée a eu lieu le 31 janvier 1966 au puits central à Decazeville : les galeries sont aussitôt noyées et les puits remblayés.

Il est à regretter que ce mouvement de grève n’est pas mobilisé l’ensemble des Charbonnages français ,il n’y eut donc aucune action de grande envergure malgré les appels à la solidarité nationale. Pourtant cette première application de plan de récession charbonnière avait valeur de test : ses enseignements allaient servir dans d’autres bassins.

Depuis de 1962 à nos jours, des rapiéçages, de nouvelles fermetures d’usines, restructuration sur restructuration avec un effilochement de l’ensemble, un manque d’investissement dans un contexte général de crise des pays industrialisés depuis les années 80, un bassin dont la population qui diminue et vieillit continue à se battre pour vivre au pays.

Voir aussi la video de Raoul Ros

Infos :
HISTOIRE DES MINES DE DECAZEVILLE
12300 BASSIN DE DECAZEVILLE
Tél. : 05 65 43 09 18
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