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LABASTIDE PRADINES - SUD AVEYRON (12100)

EMMA CALVE, FORMIDABLE CANTATRICE DES TEMPS ANCIENS

Emma Calvé a été une grande personnalité du siècle dernier (on dirait aujourd'hui "une star" mondiale) pour ses capacités vocales mais aussi pour ses qualités humaines.

Née à Decazeville le 15 août 1858, elle grandit à Labastide-Paradines, petite commune sur le Larzac, et fut mise en pension aux Couvents de Saint Affrique et de Millau.

Elle demeura attachée au Sud Aveyron sa vie durant ainsi qu'au département bien sur. On trouve dans chacune des villes de l'Aveyron des rues ou des lieux à son hommage.

Voici sa biographie retracée par Emiliya ARCHIMBAUD, membre de la Chorale Emma Calvé de Millau :

Vers l'âge de 16 ans, Emma Calvé partit à Paris avec sa mère et ses deux frères, en diligence. Un choix difficile, il fallait vraiment y croire, mais c'était pour entreprendre de véritables études musicales et progresser.  Son premier professeur sera Jules Puget (comédien et chanteur, créateur de plusieurs rôles à l'Opéra-Comique). C'est à lui qu'elle devra la pose initiale de sa voix.

La mère d'Emma ne possède pour vivre que de maigres rentes, et la famille a bien du mal à joindre les deux bouts. Dans l'espoir d'aider les siens, la jeune fille, en cachette, va passer une audition à l'Eldorado où elle se présente, innocente, dans l'air de La Favorite : "O mon Fernand... "

Dès les premières mesures, on l'interrompt, tandis qu'on lui demande en riant si elle connaît la chanson : "Arrête, Fifine, arrête ta machine". Humiliée, en larmes, elle s'enfuit... Très amusé par l'aveu de cette mésaventure, Puget, deux mois plus tard, procure à son élève un engagement pour des concert classiques dans les sociétés philharmoniques en France.

En 1881, c'est Puget, qui lui obtient un contrat pour le théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où elle effectuera ses vrais débuts dans le rôle de Marguerite du Faust de Gounod.
 
Supprimant le T de son nom, elle devient, EMMA CALVE. Bien accueillie par le public bruxellois, elle se voit confier, le rôle de Chérubin des Noces de Figaro, puis rentre à Paris étudier de nouveaux rôles avec Mathilde Marchesi de Castrone (1821-1913), célèbre mezzo-soprano allemande qui, parmi ses autres élèves, compte notamment Mary Garden et Nellie Melba.

En 1883, Paris donne enfin sa chance à Emma, en la personne du baryton Victor Maurel, directeur du Théâtre italien, qui lui demande de créer à ses côtés Aben-Hamet de Théodore Dubois (livret inspiré par Le Dernier Abencérage de Chateaubriand). Le spectacle ne tient que quinze jours, mais Emma n'y passe pas inaperçue et, l'année suivante, Carvalho l'engage à l'Opéra-Comique où elle débute, avec succès dans "Le Chevalier Jean" de Victorin Joncières. (Hélène)

Carvalho lui confie d'autres rôles, les critiques louent sa jolie voix, mais la jeune fille n'est pas satisfaite, pensant qu'un changement d'atmosphère lui sera profitable,

En 1884, elle signe un contrat, à la Scala de Milan pour La Flora Mirabilis de Samara ...

Revenue à Paris, elle va voir Gounod qui l'incite à travailler, à se perfectionner sans relâche, et qui l'envoie vers un nouveau professeur, Rosine Laborde (après des débuts au Théâtre italien de Paris, celle-ci avait été la doublure d'Adelina Patti dans une longue tournée aux États-Unis, avait chanté dans les principales capitales d'Europe puis, pendant de nombreuses années, à l'Opéra de Paris).

Ce fut incontestablement le professeur qui marqua le plus EMMA CALVE :
- Je dois certainement à cette admirable Maéstra la souplesse et la virtuosité qui m'ont permis d'aborder les rôles les plus difficiles du répertoire, reconnaîtra-t-elle.

En 1885,

Après une saison au Théâtre italien de Nice (dans Les Pêcheurs de Perles, Hamlet, Faust), la jeune artiste voit sa ténacité récompensée : Sonzogno, le grand éditeur de Milan, lui offre un engagement de trois ans au cours desquels elle se produira sur les plus grandes scènes lyriques d'Italie. Florence, Rome, Naples, Venise, partout, le public lui fait un accueil triomphal.

A la Scala de Milan, elle se surpasse dans le rôle d'Ophélie d'Hamlet d'Ambroise Thomas et obtient une presse dithyrambique : une revanche éclatante sur la gifle reçue, quelques années plut tôt, dans Samara.
De plus, à l'issue de la représentation, la Duse vient en personne féliciter EMMA dans sa loge ...La Duse, Eleonora DUSE. Rien ne pourrait procurer plus grande joie à la jeune cantatrice, car elle éprouve pour la tragédienne la plus passionnée des admirations.

En 1886,
A son arrivée à Florence, elle était allée la voir jouer et avait reçu un tel choc que, profitant de deux mois de liberté que lui laissait son propre contrat, elle l'avait suivie à Bologne et à Gênes pour l'entendre dans tous ses rotes, s'imprégner de ses gestes, de ses attitudes.

Elle est fascinée par la sincérité et la simplicité du jeu de Eleonora :
- Voilà l'art auquel il faut aspirer, écrit-elle. Je n'aurais jamais cru possible qu'un être pût donner autant de soi. Elle semble appartenir à une humanité plus vibrante que la nôtre. Quels accents ! Quelle émotion communicative !
Emma rêvait d'être présentée à son idole. Leur rencontre à Milan préluda à une profonde amitié.

En 1890,
Au terme de cette tournée en Italie (création de deux œuvres de Mascagni : Cavalleria Rusticana à Florence, en 1886, et L'Amico Fritz à Rome, en 1888), la cantatrice est une trés bonne chanteuse d'Opéra : c'est désormais, de surcroît, une excellente comédienne. Dès son retour à Paris, elle s'impose dans le rôle de Santuzza lorsqu'elle crée, en français cette fois, Cavalleria à l'Opéra-Comique.

Au cours des répétitions, pourtant, son effort de réalisme n'avait guère été apprécié de ses camarades - Dans ce théâtre quelque peu traditionaliste, explique-t-elle, on est surpris de la sincérité que j'apporte à jouer ce rôle de paysanne, sans maniérisme, pauvrement vêtue : chemise de toile rude, jupe de laine, sandales usagées, les cheveux lisses en simples bandeaux, et presque sans maquillage.

De nombreuses créations émailleront la carrière d'Emma Calvé :
En 1884, La Navarraise de Massenet (à Covent Garden, l'année suivante à l'Opéra-Comique),
En 1897, Sapho du même Massenet (Opéra-Comique)
En 1902, La Carmélite de Reynaldo Hahn (Opéra-Comique)
En 1904, Messaline de De Lara (théâtre de la Gaîté) etc.

Mais le rôle de sa vie fut sans nul doute CARMEN. On la considère comme l'une des meilleures interprètes que l'ouvrage de Bizet ait eu.
Le rôle avait été créé par Célestine Galli-Marié mais, depuis que celle-ci avait pris sa retraite, Carmen n'avait quasiment plus été monté. Quand, à la suite du succès de Cavalleria, Carvalho propose à Emma de faire revivre le personnage, elle est folle de joie.

Perfectionniste, elle file aussitôt en Espagne pour se mettre dans le bain. Elle engage une jeune gitane, Lola, qui l'initie à toutes les subtilités du flamenco. A son retour en France, elle doit de nouveau lutter pour défendre son interprétation résolument non-conformiste : Aux répétitions, se plaint-elle, on me parle à tout propos de tradition. On critique ma danse. Il est certain qu'elle ne ressemble nullement à la "polka piquée" accompagnée de castagnettes qu'on voudrait m'imposer.