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DECAZEVILLE - AVEYRON (12)

JULES WATRIN UNE TRAGEDIE A DECAZEVILLE

La mort de Jules Watrin, sous-directeur des mines de Decazeville, en 1886 reflète une période dramatique qui fait partie de notre histoire et de notre patrimoine commun.

La mort du sous-directeur WATRIN amena la grande grève des mineurs de Decazeville, Aubin, Firmi et indirectement la montée du socialisme en France.

Mandat avait été donné à Jules WATRIN de réduire fortement les coûts salariaux et les coûts de fonctionnement par tous les moyens. Ces salaires étaient passés de 150 à 200 francs par mois en 1878 à 33 francs en 1886.  Une enquête fut ordonnée sur les agissements indélicats de Watrin à l’égard des ouvriers. C’est alors qu’on découvrit le pot-aux-roses. Selon un contrat conclu secrètement avec la Compagnie des Houillères et Fonderies de l’Aveyron, Watrin touchait un pourcentage de 10% sur la réduction progressive des salaires ! Cette révélation provoqua la démission du président de la Compagnie, M. Léon Say, ancien ministre des Finances.

Les mesures de sécurité et de protection des mineurs avaient été fortement réduites. La Compagnie mélangeait également les choses en faisant pression sur les mineurs pour qu'ils votent pour les candidats royalistes. La situation était donc explosive en ce début d'année 1886, avec une nouvelle baisse des salaires de 34 % et la mise en place d'un système encore plus pénalisant de retenues sur salaires. Ceci provoqua l'intervention des Collectivités et du Préfet auprès de la direction des Houillères pour les inviter à une meilleure politique sociale.

A l'arrivée des bulletins de paye, quatre mineurs se mettent en grève. Beaucoup de mineurs abattus n’attendaient que l’étincelle. Une centaine part alors faire le tour des puits du Bassin. La Direction de la Mine et des Forges, qui auparavant refusait toute conciliation, accepta une prise en compte de certaines revendications des ouvriers. La troupe de grévistes grossit de minute en minute. Des bagarres s'engagent avec les maitres mineurs, les grévistes coupent le câble de descente à la mine. A midi, la grève est générale.

La foule grossit autour des bureaux de la direction. Les dirigeants se réfugient à la mairie. Les revendications sont présentées :
  - Journée de travail fixée à 5 francs pour les mineurs, boiseurs et piqueurs, 3,75 pour les manoeuvres.
  - Journée de travail réduite à huit heures pour cause des mauvais airs et feux de la mine.
  - Aucune sanction contre les délégués de cette grève.
  - Réintégration des grévistes de 1878.
  - Travail des ouvriers payé toutes les quinzaines
  - Départ du sous-directeur.

Le Procureur de la République, le sous-préfet, l’ingénieur du gouvernement, l’ingénieur en chef des mines, le commissaire de police, des gardes du corps... quittent la mairie. Il leur suffit de traverser la place pour comprendre que l’ambiance est très tendue ; aussi, ils se réfugient dans un bâtiment.

Les femmes de mineurs arrivent, lasses de misère et de souffrances, usées par le travail et vieillies avant l’âge...  Les cris de révolte redoublent... Une échelle est dressée qui permet aux manifestants de pénétrer dans les lieux. WATRIN maintient son arrogance et n'accepte qu'une seule revendication. C'est l'explosion. Il est pris à partie physiquement, griffé, piétiné et défenestré. Il décedera un peu plus dans la soirée.

La cavalerie et l'infanterie occupent la ville et les puits. Les arrestations de grévistes se multiplient. Le 29 janvier, le travail reprit sur quelques promesses de la direction, qu'elle s'empressa de trahir. Comptant sur l'armée et sur la répression pour imposer une défaite totale aux ouvriers, elle réduisit encore les salaires. Du coup, la grève reprit le 25 février, et elle devait durer jusqu'au 14 juin.

Le conflit prend une ampleur nationale, et oppose tout le pays. La presse nationale s'en prend aux mineurs de Decazeville : L’Illustration, Le Gaulois, Le Français, Le Matin, Le Pèlerin... Les grands noms de gauche tentent de les défendre :  Jules Guesde, Louise Michel interviennent.. L'Aveyron Républicain commence la publication par épisode de Germinal. Les premiers journaux socialistes défendent les mineurs, en particulier Le Cri du Peuple.

Finalement, la direction des mines de Decazeville céda sur les salaires le 12 juin et le travail reprit le 14. Mais les poursuites contre les grévistes continuèrent. Du 15 au 20 juin, la cour d'assises de Rodez jugea neuf ouvriers et une ouvrière accusés de la mort de Watrin. Six furent acquittés, mais quatre condamnations tombèrent: 8 ans de travaux forcés, 5, 6 et 7 ans de réclusion.

WATRIN fut enterré mais ses ouvriers refusèrent de se découvrir au passage de son cercueil.

Voir aussi la video de Raoul Ros en "site vitrine"

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