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SAINT CERE - QUERCY (46)

GASTON MONNERVILLE UN OBAMA FRANCAIS

Grand nom du Lot et du Quercy, Gaston Monnerville est né à Cayenne, petit-fils d'esclave, le 2 janvier 1897 de Marc Saint-Yves Monnerville et de Marie-Françoise Orville.

Du côté paternel, la famille est originaire de Case-Pilote, commune de la Martinique. Il fréquente le lycée de Cayenne et en 1912, boursier, il quitte la Guyane et entre en classe de seconde à Toulouse, au lycée Pierre Fermat, établissement installé dans le vieil Hôtel de Bernuy. Il s'y montra un élève particulièrement brillant, aussi doué pour les sciences que pour les lettres. En classe de seconde, Gaston Monnerville accumule les récompenses : prix d'excellence, premier prix de mathématiques, deuxième prix de version latine, troisième prix d'histoire moderne...

Son année en classe de rhétorique est, elle aussi, fort brillante et le palmarès est impressionnant : inscription au tableau d'honneur, premier prix en mathématiques, premier prix en anglais (première langue), premier prix en espagnol (deuxième langue), etc. Le brillant élève opte pour les Lettres et choisit de suivre la classe de philosophie. Il y remporte notamment le prix Ozenne et le prix d'honneur.

Étudiant aux facultés de Lettres et de Droit de Toulouse, Gaston Monnerville passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit, avec les félicitations du jury. C'est également avec les félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur « l'enrichissement sans cause ». Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction Publique et primée, la même année, au concours des Thèses.

Dès 1918, Gaston Monnerville s'inscrit au Barreau de Toulouse. Reçu, en 1921, au Concours des Secrétaires de la Conférence, il obtient la Médaille d'Or « Alexandre Fourtanier » qui récompense l'un des meilleurs Secrétaires. À ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur « La Critique et le Droit de Réponse ».

Gaston Monnerville quitte Toulouse et s'inscrit, en 1921, au Barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat (et futur homme d'État), César Campinchi (1882-1941), dont il sera, pendant huit ans, le principal collaborateur. En 1923, il est reçu au Concours des Secrétaires de la Conférence des Avocats, à la Cour d'Appel de Paris. En 1927, il est élu Président de l'Union des Jeunes Avocats à la Cour de Paris (UJA de Paris).

Gaston Monnerville plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de trente-quatre ans, en 1931, dans l'affaire Galmot. Inculpés, après l'émeute provoquée, en 1928, par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean Galmot, quatorze Guyanais sont traduits devant la Cour d'Assises de Nantes. Avec Fourny, Alexandre Zévaès et Henri Torres, il assure leur défense. Sa plaidoirie produit un effet considérable sur les jurés, qui se prononcent pour l'acquittement.

À la suite de l'affaire Galmot, on lui propose de se présenter en Guyane, contre le député sortant, Eugène Lautier. Il est élu à une majorité considérable député radical de la Guyane en 1932 et 1936.

Dans les troisième et quatrième cabinets de Camille Chautemps, il est sous-secrétaire d’État aux colonies en 1937 et 1938. La nomination d'un homme de couleur au Gouvernement ne fut appréciée ni en Allemagne, ni en Italie.

Dans « l'Azione coloniale » du 22 juillet 1937, un article titré « Derrière le Rouge du Front populaire vient le Noir » annonce la création d'un sous-secrétariat d'État aux Colonies « confié au noir G. Monnerville » et commente : « La France a adopté une politique indigène qui, outre qu'elle est une folie pour la nation française elle-même, est un danger pour les autres nations de l'Europe, car cette action qui dépasse le cadre purement politique pour rencontrer le cadre biologique, doit être dénoncée à l'opinion publique mondiale, là où existe une race incontestablement supérieure à celle de couleur que la France voudrait implanter au cœur de l'Europe ».

Engagé volontaire dans la marine du 23 juin 1939 jusqu'à la formation du régime Pétain, il participe à la Résistance, il prend contact avec le capitaine Chevance et entre dans le mouvement Combat sous le nom de "Saint-Just" en hommage à son oncle, Saint-Just Orville.

Il proteste à Vichy contre les premières mesures discriminatoires qui frappent « les Juifs, les Arabes et les hommes de couleur ». Le maréchal Pétain répond de façon évasive ou dilatoire. Il siège à l’Assemblée consultative provisoire. Le Gouvernement provisoire de la République française charge Monnerville de préparer le statut de l’Outre-Mer français.

Après avoir été élu aux deux Assemblées nationales constituantes, Gaston Monnerville est élu au Conseil de la République en 1946. Il devient président de ce conseil en mars 1947. En 1948, il est élu dans le Lot et conservera ce mandat sous la Ve République en qualité de sénateur du parti de la Gauche démocratique jusqu’en 1974.

En 1958, il joue un rôle important dans le retour du général de Gaulle au pouvoir en se rendant avec André Le Troquer à Saint-Cloud pour un entretien sur les modalités de l’investiture du Général et le respect de la Constitution.

Il conserve son mandat à la tête de la Haute Assemblée en étant élu président du Sénat de 1959 à 1968. Il aura ainsi présidé la deuxième chambre du Parlement pendant vingt et un ans, frustré qu'à quelques mois près, il n'ait pu devenir président de la République par intérim ; son successeur immédiat, Alain Poher, se trouvera amené en revanche à le faire par deux fois. Cependant, si une vacance du pouvoir avait été établie lorsque Charles de Gaulle quitta la France sans préavis ni annonce pour Baden-Baden le 29 mai 1968, il aurait pu assurer l'intérim de la présidence.

En 1962, Gaston Monnerville s’oppose au projet de référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel et lâche le mot de « forfaiture » à l’encontre du premier ministre Georges Pompidou, qui avait accepté de signer le projet de référendum. Il combat le projet de réforme du Sénat qui sera rejeté lors du référendum du 27 avril 1969.

Gaston Monnerville aura également présidé le Sénat de la Communauté en 1959 et 1960. Sur le plan municipal, il fut maire de Cayenne puis de Saint-Céré (Lot), et sur le plan départemental il a présidé le conseil général du Lot de 1951 à 1970. Ayant renoncé, en 1968, à la Présidence du Sénat, Gaston Monnerville continue à exercer son mandat sénatorial, six ans durant. Lorsque survient la scission radicale de 1972, il donne son adhésion au nouveau Mouvement des radicaux de gauche.

Le 22 février 1974, M. Alain Poher, son successeur, le nomme membre du Conseil Constitutionnel. La nomination de G. Monnerville surprit, car le président du Sénat de 1962 n'avait pas été tendre pour le Conseil constitutionnel, lequel s'était déclaré incompétent pour juger du référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel. Considérant qu'il est appelé à une fonction juridictionnelle, il estime qu'en conséquence il doit s'interdire, pour l'avenir, toute prise de position politique.

Gaston Monnerville prête serment le 5 mars, devant Georges Pompidou, président de la République, qui décédera moins d'un mois plus tard (le 2 avril). En 1983, Gaston Monnerville, qui est chevalier de la Légion d'honneur, à titre militaire, depuis 1947, est promu officier. Le chef de l'État, François Mitterrand, lui remet la « rosette » à l'Élysée. Entré au Conseil constitutionnel à l'âge de soixante-dix-sept ans, il le quitte neuf ans plus tard. Âgé de quatre-vingt-six ans, il n'abandonne pas toute activité. Il prononce encore des conférences sur les institutions ou des causeries sur ses souvenirs d'homme public. La télévision vient l'enregistrer. Il signe quelques préfaces.

Sa longévité et sa lucidité sont exceptionnelles. Mais depuis quelques années, il est atteint d'une grave maladie ; il décède le 7 novembre 1991, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.

Grand porte-parole des Droits de l'homme en France, Gaston Monnerville fut l’un des meilleurs orateurs français sous trois Républiques.

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