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A LIRE : LA SALLE D'ETUDES

Dans le livre "Péquins en 68 à l’Ecole Normale de Montauban", Jean-Paul Damaggio rappelle quelques souvenirs d’Ecole normale de cette année là.

Le premier jour, après la rencontre avec le dortoir, le réfectoire, voici le chapitre la salle d’études.

« La poésie c’est pour faire rêver et les rêves ça donne des conseils. » (Enfant 9 ans Monclar)

La salle d’étude

Dormir, manger, puis travailler tout de même… Est-ce que dès le premier jour, après le réfectoire, les normaliens ont fait connaissance avec leur salle d’études ? Difficile à dire.

Cette année là, la salle d’étude rassemblait, sous les toits, c’est-à-dire au deuxième étage, à la gauche en haut de l’escalier (à droite c’était la salle de dessin), les trois promotions qui préparaient le bac, c'est-à-dire, une soixantaine de jeunes sous la surveillance d’une personne, les petits devant, et les grands au fond. Des casiers individuels permettaient d’entreposer des affaires de classe.

Ambiance profondément studieuse ? Encore une fois, disons plutôt ambiance tranquille, décontrac-tée, lieu communautaire où l’entraide était la règle. Rien à voir avec la salle d’étude du lycée où quelques élèves aimaient susciter la colère du pion dans un jeu du chat et de la souris, que l’E.N. ne pouvait nécessiter. Comme au dortoir, le pion était très modérément présent.

Manuel a conservé une anecdote sur ce séjour en 68 dans cette salle d’étude. Au fond, il y avait un tourne-disque où un ami passait à répétition une chanson de Michel Sardou « Je suis Américain et je vis en Pennsylvanie… » Personne, du moins à l’Ecole Normale, ne savait alors qu’un Montalbanais était une vedette de la chanson. Robert Pico, auteur-compositeur interprète, était surtout auteur de chansons pour Sylvie Vartan, Juliette Gréco et même pour Johnny Hallyday. Il sortait son sixième disque et faisait la première partie de Régine à Bobino.

La chanson de Sardou n’était pas désagréable mais le message pesant. En conséquence, à La Librairie le Scribe, Manuel décida d’acheter un poster du Che dont la mode débutait juste après son assassinat en Bolivie, et de l’afficher sur le mur du fond. Quelques jours après, le surveillant lui demanda de l’enlever suite à une intervention du directeur. Le poster enlevé, il le réduisit à l’essentiel en conservant le visage, pour le punaiser à l’intérieur de son casier. Ainsi, le Che n’était visible que quand Manuel ouvrait la porte. Il y resta un grand moment avant de disparaître. Sans cadenas à son casier (il n’en a jamais eu) l’élimination était facile. Est-ce l’œuvre du pion qui, plutôt que de créer un problème l’enleva lui-même, ou l’œuvre d’un normalien fatigué de cette référence ?

Autant dire que Manuel était repéré comme communiste sans pour autant avoir envie d’être membre d’une organisation. Un mercredi après-midi, il avait croisé en ville, un copain du CEG de Caussade, Boué, qui lui avait suggéré d’entrer à la Jeunesse communiste. Etrangement, ils portaient la même revue Historia. L’adhésion ne viendra que plus tard, une adhésion qui n’ajouta rien à ses idées et ne pourrait rien leur enlever. Dès cette époque, pour Manuel, le communisme n’était pas donné par une carte, mais un acquis personnel. Plus tard, en quittant le PCF, Manuel resta avec une vision du monde qui a bien sûr évolué avec la vie, tout en restant profondément la même.

Loin des grandes questions, des gros travaux, avec le printemps, la salle d’étude devenait le lieu d’une plaisanterie de potaches : le lancer des poches d’eau. Cette salle était merveilleuse pour cette activité : des robinets à portée, une hauteur mettant le lanceur hors de la vue de la victime ! Donc du deuxième étage, partaient de temps en temps des poches en plastique pleines d’eau qui ne cherchaient pas à tomber sur la proie (le plus souvent les jeunes filles obligées d’emprunter le passage sous les fenêtres) mais à causer quelques émotions. Il arrivait que Monsieur Brabant, l’économe, soit victime de l’événement et il ajoutait au plaisir de la poche d’eau, le plaisir d’une colère sans lendemain.

A la rentrée 69, cette salle d’étude fut utilisée comme salle de dessin dans le cadre d’une transformation liée au changement de professeur. Les normaliens furent alors séparés par promotion dans des salles plus petites et sans surveillant. Le lancer des poches d’eau était plus difficile. Manuel a préféré cette vaste communauté de départ ce qui l’incita peut-être à choisir le récit de l’année 68-69.

1  Il deviendra ensuite un romancier.

PS : Livre disponible aux Editions La Brochure 82210 Angeville au prix de 15 euros franco de port.

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Editions LA BROCHURE
Jean-Paul DAMAGGIO

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