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EDITO DE PAUL QUILES : "11 NOVEMBRE SE SOUVENIR ET REFLECHIR"

nov. 11

Rédigé par
dimanche 11 novembre 2018  RssIcon

Voici quelques extraits du discours que Paul Quilès a ce 11 novembre à 11h devant le monument aux morts de Cordes sur Ciel

 

11 novembre 2018 : se souvenir….et réfléchir


J’ai lu, écouté, regardé les nombreux reportages, témoignages et débats auxquels a donné lieu la préparation de cet évènement fort qu’est la célébration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Je les ai trouvés passionnants, mais il ne faudrait pas que les superlatifs utilisés pour décrire la réaction de nos grands-parents à l’annonce de la fin du cauchemar (la joie nationale, la gloire des héros…..) fassent oublier quelques chiffres terribles, qui décrivent bien l’horreur de cette guerre.

    Rappelons-en quand même quelques-uns :

    Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s'élèvent à environ 18,6 millions de morts, dont 9,7 millions de morts pour les militaires et 8,9 millions pour les civils. Les Alliés et les Empires centraux ont perdu plus de 9 millions de vies chacun. Ces chiffres ne comptabilisent pas le nombre de victimes de la grippe de 1918, conséquence indirecte de la guerre.

    Pour la France, c’est près de 1 400 000 soldats qui sont morts, soit 27 % des 18-27 ans, dont environ 100 000 soldats coloniaux.

    Les 19 et 20 août 1914, lors de l’inutile bataille de Morhange (Moselle), on compte près de 5 000 morts de chaque côté et le 22 août, jour le plus sanglant de l’histoire militaire de notre pays, 27 000 soldats français trouvent la mort.

    Pendant 10 mois, la trop fameuse bataille de Verdun (1916) se traduira par près de 700 000 pertes (morts, disparus ou blessés), 362 000 soldats français et 337 000 allemands, soit une moyenne de 70 000 victimes par mois.

    Quant à la bataille de la Somme (juillet à novembre 1916), ce fut une des plus meurtrières de l'histoire avec environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus. La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, fut, pour l'armée britannique, une véritable catastrophe, avec 58 000 soldats mis hors de combat, dont 19 240 morts.

    Devant ces chiffres épouvantables, doit-on parler d’une célébration, d’une fête de la victoire ? Bien entendu, ce fut un immense soulagement pour la France après les souffrances de 4 années de guerre, encore que le conflit se poursuivra pendant quelques années sur le « front de l’Est » et que les poilus mobilisés ne retourneront pas immédiatement à la vie civile. Pourtant, je pense préférable d’en rester à une commémoration de la fin de cette horrible guerre, cette boucherie bien décrite par les chiffres et par les témoignages de ceux qui ont connu les divers théâtres d’opération.

    Il faut donc se souvenir, à l’occasion de cette commémoration, comme nous le faisons chaque année :

    - se souvenir bien sûr des victimes militaires, les morts et les « gueules cassées », à qui nous devons rendre hommage.

    - se souvenir des civils, ceux qui sont morts dans les villages ravagés, mais aussi des 36 millions de personnes qui ont tenu bon sur le « front intérieur » et dont le rôle est souvent oublié *.

    - se souvenir du déclenchement de cette guerre absurde (comme la plupart des guerres) causée par des rivalités de palais et des jeux d’alliance automatique entre dirigeants de grands pays. Jean Jaurès, qui les avait dénoncés, avait payé de sa vie sa lucidité et l’énergie indomptable qu’il avait déployée pour combattre les mauvais ferments d’une société en devenir. Ses analyses, son exemple sont là pour éclairer notre réflexion.

    - se souvenir de ceux (comme mon grand-père, gazé au cours du conflit) qui pensaient que cette imbécile tuerie serait ce qu’ils appelaient la « der des der » et qui ont été trahis par les négociateurs des traités de paix. Le traité de Versailles (28 juin 1919), qui a imposé la terrible loi du vainqueur, humiliante pour l’Allemagne, portait en germe la montée du nazisme et l’épouvantable seconde guerre mondiale, qui causera entre 60 et 80 millions de morts (dont plus de la moitié était des civils) et qui verra se dérouler le génocide des Juifs et l’utilisation de l’arme atomique. Le traité de Sèvres (10 août 1920), supposé régler la situation du Moyen Orient à la suite du démantèlement de l’empire ottoman et qui promettait un foyer pour les Juifs, un Etat arabe et un territoire pour les Kurdes, ne fut ni ratifié ni appliqué. Trois ans plus tard, ces engagements seront balayés par le traité de Lausanne (24 juillet 1923), dont nous subissons encore les conséquences à travers les désordres du Moyen-Orient !

    Tous les souvenirs de cette époque, qu’il est bon de rappeler, ne devraient pas nous empêcher de réfléchir aux périodes qui l’ont suivie et notamment à celle que nous vivons.

    Aujourd’hui, ce ne sont plus des bruits de bottes que l’on peut entendre, mais les sifflements des missiles, les menaces de conflits nucléaires, le terrorisme aveugle. Le monde est toujours marqué par la violence, les excès, la menace permanente du recours à la force. Et pourtant, malgré la multiplication des foyers d’affrontement (en Syrie, au Yémen, au Sud-Soudan, dans la région du Sahel, en Birmanie, … ), il existe moins de guerres entre Etats** depuis la fin de la Guerre froide, mais les théâtres d’affrontements intra-étatiques essaiment un peu partout, avec souvent une dimension religieuse ou ethnique et des formes, les attentats, qui nous touchent de près.

    Et puis, il y a aussi le risque, insuffisamment souligné, de l’embrasement nucléaire lié aux attitudes irresponsables des dirigeants des pays détenteurs de l’arme atomique. Il est temps de dénoncer l’hypocrisie de leurs grands discours, contredits par leurs actes, qu’il s’agisse du choix du multilatéralisme, du respect des traités, de l’arrêt de la course aux armements. Alors que l’opinion internationale s’est émue à juste titre de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, pourquoi ferme-t-on les yeux, en France notamment, sur le danger des armes atomiques qui sont des « armes de destruction massive » autrement plus dangereuses, parce qu’elles représentent un risque inouï pour l’humanité tout entière. Il est temps d’en parler et de mettre un terme aux silences, aux approximations, aux contrevérités, aux slogans répétés à l’envi et aux arguments d’autorité…

    Telles sont les réflexions que m’inspire cette journée du souvenir et qui amènent naturellement à se demander si l’on peut concevoir un monde sans guerre. Plutôt que d’éprouver un sentiment d’impuissance devant la tâche et de penser que le monde pacifié restera toujours un rêve, mieux vaut s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre, collectivement et individuellement, pour que le monde ne revive pas de tels cauchemars.

    Au niveau collectif, il est indispensable que des voix responsables mettent en garde contre la menace permanente du recours à la force et que soit définies des politiques de prévention efficace des conflits.

    Au niveau individuel, il faut être convaincu que chacun peut être facteur de paix, dans sa vie, dans ses actes, dans ses propos. Cela implique d’avoir la volonté de s’informer, de refuser d’être passif, de ne pas céder aux simplismes, souvent porteurs de haine et de violence.

    C’est ainsi, me semble-t-il, que cette journée du souvenir ne sera pas seulement l’occasion d’entendre des discours émouvants, mais aussi un moment de réflexion sur l’état de notre monde et sur les moyens de réduire les tensions qui le traversent, pour éviter une guerre mondiale qui menacerait aujourd’hui l’avenir même de l’humanité.

_______________________________________________

* Sur le territoire dont je suis l'élu, le remarquable travail de Michel Bonnet nous a permis depuis 4 ans de revivre les effets douloureux du conflit sur les populations qui y sont demeurées.

** Une statistique de 2016 recense tout de même 19 guerres et 409 conflits, dont 223 ayant donné lieu à des affrontements violents.

 

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